À Plauzat, au sud de Clermont-Ferrand, des ruines médiévales ne sont pas devenues un décor figé : elles accueillent désormais des usages nouveaux. Cette transformation dit beaucoup de la démarche de Boris Bouchet architecte, qui considère les bâtiments existants, même fragiles ou incomplets, comme le point de départ d’un projet plutôt que comme un obstacle à effacer.
Diplômé de l’École nationale supérieure d’architecture de Clermont-Ferrand, où il enseigne, il développe une pratique attentive aux lieux et à leurs ressources. Logements, équipements publics, maisons et espaces urbains : ses réalisations architecturales s’appuient sur une lecture du territoire, de ses contraintes et de ses usages. Lauréat d’Europan 9 en Belgique avec le collectif Milieux, il inscrit aussi son travail dans une réflexion plus large sur les liens entre architecture, paysage et société. De Clermont-Ferrand aux villages du Livradois-Forez, son parcours éclaire une autre manière de bâtir en Auvergne : transformer avec mesure, pour faire émerger ce qui était déjà là.
L’article en bref
Le travail de Boris Bouchet relie architecture, usages et mémoire des lieux. De Plauzat aux projets urbains, son approche fait du déjà-là une matière vivante.
- Un parcours ancré : Formé à Clermont-Ferrand, il enseigne et exerce entre plusieurs territoires.
- Une distinction notable : Europan 9 le distingue avec le collectif Milieux en Belgique.
- Une méthode attentive : Diagnostic, réemploi des structures et programmation adaptée guident ses interventions.
- Un exemple parlant : À Plauzat, des ruines accueillent fête, hébergement et vie locale.
Ce parcours révèle comment une architecture ancrée peut accompagner la transformation des territoires.
Boris Bouchet architecte : un parcours ancré en Auvergne
Le parcours de Boris Bouchet se construit à Clermont-Ferrand, où il a étudié l’architecture et où il enseigne aujourd’hui. Son agence, également présente à Paris, intervient sur des contextes très différents, de la métropole aux bourgs ruraux.
Cette diversité d’échelles n’efface pas un même fil conducteur : comprendre les particularités d’un lieu avant d’y intervenir. La topographie, les usages, les règles locales et les constructions héritées deviennent autant de paramètres pour composer une réponse juste.
Europan et la réflexion autour des milieux
Avec le collectif Milieux, Boris Bouchet est lauréat d’Europan 9 en Belgique. Cette distinction s’inscrit dans une recherche sur les relations entre les formes bâties et leur environnement, plutôt que dans une architecture conçue comme un objet autonome.
La notion de « milieux », développée notamment par Chris Younès et Frédéric Bonnet, nourrit cette approche. Elle invite à considérer ensemble le relief, les échelles, les pratiques quotidiennes et les cadres réglementaires : autant de forces qui façonnent un projet avant même le premier trait.
Les prix d’architecture ne résument donc pas son parcours : la distinction Europan en marque un repère, tandis que son travail se mesure aussi à sa capacité à répondre concrètement aux besoins d’un territoire.
Architecture en Auvergne : réparer plutôt que remplacer
Pour l’agence Boris Bouchet Architectes, intervenir sur l’existant relève souvent d’une forme de réparation. Les bâtiments anciens ou dégradés ne sont pas seulement évalués selon leur état : ils sont étudiés comme des ressources, parfois construites de manière empirique, qui peuvent encore accueillir de nouveaux usages.
Un diagnostic approfondi permet de comprendre ce qui peut être conservé et de réinterpréter la commande. Cette étape peut aussi modifier le montage du projet : en ajustant les priorités et les coûts, les architectes ouvrent la voie à des espaces publics ou à des programmes mieux adaptés aux moyens disponibles.
- Lire le site : observer le relief, les accès, la lumière et les usages existants.
- Évaluer les structures : repérer les éléments réparables et ceux qui exigent un renforcement.
- Réviser le programme : répartir les fonctions et les investissements selon les besoins réels.
- Faire évoluer les usages : donner une nouvelle vie au bâti sans effacer son histoire.
Cette méthode donne à l’architecture contemporaine une profondeur particulière : elle ne nie pas les traces du passé, elle leur confie un rôle dans la vie à venir.
Des projets entre logements, équipements et aménagement du territoire
Les projets en Auvergne de Boris Bouchet couvrent des programmes variés : logements, équipements publics, maisons individuelles et opérations d’urbanisme. À l’échelle d’un village, la réflexion peut porter sur la densification d’un hameau ou la redynamisation d’un centre-bourg ; en ville, elle s’attache à articuler les bâtiments et les espaces communs.
L’aménagement du territoire ne se limite pas ici à organiser des surfaces. Il s’agit aussi de rendre possibles des usages, de retisser des continuités et de soutenir la vie collective. Cette attention aux situations concrètes distingue une approche où chaque réponse dépend du lieu plutôt que d’un modèle reproductible.
| Échelle ou programme | Enjeu architectural | Approche privilégiée |
|---|---|---|
| Logements et maisons | Répondre aux besoins tout en tenant compte du site | Adapter formes, accès et espaces aux usages |
| Équipements publics | Créer des lieux accessibles et utiles à la vie locale | Associer programme, espaces communs et contexte bâti |
| Centres-bourgs et hameaux | Réactiver des tissus existants parfois fragilisés | Travailler avec le bâti disponible et les ressources locales |
| Espaces publics | Relier les bâtiments et accompagner les pratiques quotidiennes | Composer avec la topographie et les matériaux du lieu |
À Plauzat, les ruines du fort villageois retrouvent des usages
À une vingtaine de kilomètres au sud de Clermont-Ferrand, le fort de Plauzat est composé de maisons fortifiées réunies en enceinte. Abandonné depuis le XIXe siècle, cet ensemble s’était progressivement dégradé, tandis que ses passages étroits, son accès difficile et le manque de lumière compliquaient toute réutilisation.
La commune, devenue propriétaire du bâti vacant, a confié une mission à Boris Bouchet architecte, associé à Récita architecture. L’étude de faisabilité a conduit à repenser la commande et à répartir les investissements en plusieurs phases. Ce choix du temps long a permis de traiter le fort comme un ensemble plutôt que comme une succession d’interventions isolées.
La Cave Marc devient salle des fêtes et brasserie
La première phase porte sur la sauvegarde de la Cave Marc, un ensemble voûté situé face au château. Réhabilitée en salle des fêtes, elle conserve ses volumes souterrains grâce à l’étaiement des voûtes, à la réfection de la toiture et à la stabilisation des maçonneries.
Une cour creusée donne accès aux caves. Sur la façade effondrée, un cadre de béton marque l’intervention sans chercher à imiter l’ancien ; un escalier coulé en béton bicolore accompagne la descente et prend une présence presque sculpturale. Les événements trouvent place au sous-sol, tandis qu’une brasserie artisanale occupe l’étage : le bâtiment retrouve ainsi une place dans les usages du bourg.
Une place, des maisons sauvegardées et un gîte dans la ruine
La phase suivante associe l’aménagement de la place de la Cave à la sauvegarde de deux maisons et à la transformation d’une troisième en gîte. Le parvis rassemble le château, la salle des fêtes et les habitations voisines, avec une combinaison de gazon, de pavés et de béton préfabriqué.
Le choix du béton pour une partie de la place, plutôt que de la pierre sur toute sa surface, a permis de dégager des moyens pour intervenir davantage sur les ruines du fort. Dans le gîte, des chaînages et contreventements en béton stabilisent une façade effondrée ; les murs existants servent de coffrage, tandis que le béton reste visible depuis l’intérieur et disparaît à l’extérieur. Des lames de pierre récupérées composent l’encadrement de la fenêtre.
Le programme accompagne les niveaux de la bâtisse : chambre « lanterne » à l’étage, cuisine et douche au rez-de-chaussée, sauna et bassin d’eau froide au sous-sol. Chaque fonction s’insère dans la structure héritée, transformant les contraintes en expérience de lieu.
Places et topographie : une nouvelle séquence dans le bourg
Le projet s’étend à la place de l’église romane et à la cour arrière du château. Pour le parvis, les architectes s’appuient sur la pente existante : le niveau est abaissé et de petits gradins recomposent l’espace, en créant une transition entre l’église et le cœur du village.
À Plauzat, les usages ont évolué au fil des phases de travaux. Cette transformation progressive montre comment une intervention architecturale peut accompagner les changements sans imposer un scénario figé : le projet prend forme avec le lieu, et non contre lui.
Architecture à Clermont-Ferrand et réalisations sur mesure
À Clermont-Ferrand, l’agence développe une pratique attentive aux contextes urbains comme aux situations rurales. Les projets ne se définissent pas seulement par leur programme : ils naissent d’une observation des constructions, des circulations et des besoins qui donnent sa singularité à chaque site.
Cette manière de travailler prolonge l’enseignement de l’architecture : apprendre à regarder avant de dessiner. Qu’il s’agisse d’un équipement, d’un logement ou d’un espace public, l’intervention cherche un équilibre entre continuité et transformation, entre économie des moyens et qualité d’usage.
Les références disponibles mettent en lumière une architecture située, où le béton, la pierre et les structures anciennes dialoguent sans hiérarchie automatique. Le projet de Plauzat en offre un exemple particulièrement lisible : la matière contemporaine révèle les traces existantes au lieu de les dissimuler.
Où se situe l’agence Boris Bouchet Architectes ?
L’agence est implantée à Clermont-Ferrand et dispose également d’une antenne à Paris. Son activité couvre des projets urbains et ruraux, notamment en Auvergne.
Quel prix d’architecture Boris Bouchet a-t-il reçu ?
Boris Bouchet a été lauréat d’Europan 9 en Belgique avec le collectif Milieux. Cette distinction constitue un repère de son parcours, sans résumer la diversité de ses réalisations.
Quel est le principe central de son approche architecturale ?
Son travail commence par l’analyse du lieu et de ses constructions existantes. Il cherche à les réparer et à leur attribuer de nouveaux usages, en tenant compte des ressources et des contraintes locales.
Quelles transformations ont été réalisées à Plauzat ?
Le projet comprend la réhabilitation de la Cave Marc en salle des fêtes et brasserie, l’aménagement d’une place, la sauvegarde de maisons, la création d’un gîte et la requalification d’espaces autour de l’église et du château.



